Douleur en physio = radiographie ou IRM? Pas si vite!
Publié le : 2026-09-15
par Mathieu Côté, physiothérapeute
“Est-ce qu’on ne devrait pas passer une IRM pour voir ce qui ne va pas?”
Si on avait une piastre chaque fois qu’un patient nous dit ça en clinique, on aurait probablement déjà notre propre appareil d’IRM!
Et on comprend très bien pourquoi.
Quand quelque chose fait mal, notre réflexe est souvent de vouloir voir ce qui se passe à l’intérieur. Une radiographie, une échographie, un TACO ou une IRM (imagerie par résonance magnétique) semble donc être la façon parfaite de trouver la cause du problème.
Mais attention: une image ne raconte pas toujours toute l’histoire.
Une belle image… qui n’explique pas nécessairement votre douleur
L’imagerie médicale peut être un outil puissant et extraordinaire. Elle permet notamment de visualiser des fractures, certaines lésions et différentes structures du corps avec une précision impressionnante.
Mais elle a ses limites.
Il est tout à fait possible d’avoir une radiographie ou une IRM qui montre de l’arthrose, une petite déchirure ou d’autres changements structurels… sans que ces changements soient responsables de votre douleur.
En vieillissant, certaines de ces modifications sont plutôt compatibles avec l’âge et deviennent même très fréquentes chez des personnes qui n’ont aucune douleur.
C’est pourquoi, en physiothérapie, on ne commence généralement pas par chercher une anomalie sur une image. On commence par vous écouter et vous examiner.
Votre histoire, vos symptômes, votre mobilité, votre force et votre capacité à réaliser vos activités nous donnent énormément d’informations. C’est cette combinaison d’informations qui permet de déterminer le meilleur plan de match.
Bref, avant de sortir la grosse artillerie, on fait d’abord notre travail de détective.
Le rôle du physiothérapeute dans l’imagerie médicale: quand une radiographie est-elle nécessaire?
L’imagerie en musculosquelettique devient surtout pertinente lorsqu’elle peut exclure des drapeaux rouges ou réellement changer la prise en charge.
Un bon exemple: une blessure traumatique récente où l’on soupçonne une fracture.
Et c’est ici que le rôle du physiothérapeute a évolué au Québec depuis mai 2020 déjà!
Certains physiothérapeutes qui possèdent l’attestation requise par l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (OPPQ) peuvent prescrire une radiographie dans certaines situations précises.
Il faut toutefois respecter des critères bien définis:
-la blessure doit être musculosquelettique et traumatique;
-le traumatisme doit être survenu dans les 72 dernières heures;
-le physiothérapeute doit avoir suivi la formation et obtenu l’attestation nécessaire;
-ce dernier doit établir un corridor de service, afin d’assurer la prise en charge.
L’objectif n’est évidemment pas de prescrire une radiographie à tout le monde "juste au cas où".
L’objectif est plutôt de pouvoir agir rapidement lorsque l’évaluation clinique nous indique qu’une radiographie est nécessaire.
Concrètement, comment ça fonctionne?
Tout commence par l’évaluation clinique en physiothérapie.
Votre physiothérapeute recueille les informations concernant votre blessure, vous examine et utilise différents critères pour déterminer si une radiographie est indiquée.
Si c’est le cas, il peut prescrire la radiographie et vous orienter vers le service de radiologie le plus approprié sinon celui de votre choix.
Une fois le rapport du radiologue produit et acheminé, votre physiothérapeute peut ensuite assurer le suivi en fonction des résultats et, lorsque nécessaire (ex: une fracture confirmée), vous diriger vers le système médical. Si la radiographie est négative et qu’aucune autre investigation médicale n’est nécessaire, la physiothérapie peut généralement se poursuivre.
Important: le physiothérapeute ne remplace pas le radiologue. Il ne réalise pas la radiographie et ne pose pas un diagnostic médical à partir de l’image. Son rôle est de déterminer, à partir de son évaluation clinique, si cet examen est pertinent et d’intégrer les résultats au suivi du patient.
Et l’IRM dans tout ça?
C’est une nuance importante: un physiothérapeute au Québec ne peut pas, en ce moment, prescrire directement une IRM, un TACO ou une échographie.
Par contre, son évaluation peut permettre de déterminer qu’une autre imagerie serait pertinente. Dans ce cas, il peut vous orienter vers le professionnel médical approprié afin que l’examen soit demandé si nécessaire.
Encore une fois, le but n’est pas d’obtenir le plus d’examens possible, mais d’obtenir le bon examen au bon moment, fait sur le bon patient.
Finalement, faut-il une image?
Notre objectif en physiothérapie n’est pas de trouver “quelque chose” sur une image. C’est de trouver ce qui est pertinent cliniquement pour vous rassurer et vous aider à récupérer.
Parfois, l’imagerie musculosquelettique est essentielle. Parfois, elle ne changera absolument rien à notre conduite dans le plan de traitement. Et parfois, elle peut même nous montrer des changements tout à fait normaux qui risquent inutilement d’inquiéter.
Alors, avant de demander : “Est-ce que j’ai besoin d’une IRM?”, la meilleure question est peut-être :
“Est-ce que le résultat de cette imagerie va changer ce qu’on va faire pour m’aider?”
Si la réponse est oui, elle peut être un outil précieux.
Si la réponse est non, votre physiothérapeute pourrait vous éviter un examen inutile… et vous permettre de commencer à bouger et à récupérer sans attendre après une belle image de votre bobo! :)